Lorsqu’on navigue le long de la côte d’Émeraude ou que l’on arpente le sentier des douaniers à Dinard, le regard est inévitablement captivé par la silhouette altière de la Villa « Les Roches Brunes ». Dressée à l’extrémité de la pointe de la Malouine, cette demeure emblématique semble littéralement défier les flots et le temps. En posant l’objectif de mon appareil photo sur ses façades, j’ai voulu capturer l’essence même de ce joyau de l’architecture balnéaire de la Belle Époque, véritable passerelle entre l’histoire de la station et le grand large.
Construite de 1893 à 1896 par l’architecte Alexandre Angier pour le couturier parisien Émile Poussineau, la villa détonne par son style Louis XIII et ses contreforts en pierre qui lui donnent de faux airs de forteresse vaubanaise. De sa position spectaculaire sur son éperon rocheux, elle offre un panorama à couper le souffle, embrassant du regard Saint-Malo, l’île de Cézembre et le Cap Fréhel. Plus qu’une simple habitation, c’est un navire de pierre ancré face à la mer, qui a accueilli pendant des décennies des artistes et des passionnés de patrimoine, notamment après son legs à la ville en 2007 par son dernier propriétaire, Paul Braud, pour en faire un lieu de culture ouvert à tous.
Mais vivre aux premières loges des colères de la Manche a un prix. Récemment, le diagnostic patrimonial mené sur l’édifice a mis en lumière de sérieuses fragilités structurelles au niveau de ses planchers, fatigués par les assauts répétés des embruns et de l’humidité. Par mesure de sécurité, la municipalité a dû prendre la décision douloureuse de fermer la villa au public jusqu’à nouvel ordre, le temps d’engager d’importants travaux de restauration.
À travers mes clichés, la villa se dévoile donc aujourd’hui dans une atmosphère singulière, presque mystérieuse. Privée temporairement du tumulte de ses expositions et de ses concerts, elle retrouve sa solitude originelle de sentinelle de la côte. En contemplant ses fenêtres closes tournées vers l’horizon, on ne peut qu’espérer que ce joyau classé aux Monuments Historiques retrouve rapidement sa superbe. En attendant sa réouverture, elle reste, pour l’œil du photographe et le cœur du promeneur, la plus belle vigie de Dinard.
1 allée des Douaniers, 35800 Dinard
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